Informations syndicales CGT destinées à tous les travailleurs de la région de Cherbourg.
Les ouvrières occupent l'usine depuis lundi.
En novembre, après une rencontre avec Bernard Cazeneuve et Geneviève Gosselin, « notre président a envoyé un courrier à la députée disant qu'il était prêt à étudier une offre de LVMH adressée à Socoval et à l'accepter si c'était faisable. Il demandait un courrier direct avec des propositions concrètes. » Ce courrier n'est jamais arrivé.
Socoval perd « deux millions d'euros par an »
En décembre, Geneviève Gosselin a demandé à Eros Catalano de lui fournir les renseignements qui lui avaient été demandés par LVMH. « Cinq jours plus tard, j'ai fourni un projet industriel, avec le coût, la capacité de production, la liste des machines, les plans de la nouvelle usine, la pyramide des âges. Une fois ça fourni, tout s'est arrêté. Nous n'avons plus eu de nouvelles, sauf par la presse. La semaine dernière, j'ai reçu un mail d'un responsable technique de Dior disant qu'il nous envoyait deux vestes à la demande d'un façonnier pour les regarder. » Cet interlocuteur chez Dior, qui était venu visiter l'usine en février dernier, « ne nous a pas demandé un prototype, pas demandé un prix, pas indiqué le nombre de pièces à fabriquer. C'est quelqu'un qui ne veut pas s'engager ».
Inghirami a estimé qu'il en avait fait assez. « Par respect pour les élus, nous avons repoussé de plusieurs mois le lancement de la procédure de licenciement. Attendre la réponse de Dior, ça nous a coûté 500 000 €. » Socoval perd « presque deux millions d'euros par an. Nous avons 28 personnes qui sont payées tous les mois sans travailler. » En cumulé, les pertes s'élèvent à 15 millions d'euros, totalement pris en charge par Inghirami.
L'occupation se poursuit
« Nous sommes la dernière entreprise en France à fabriquer des vestes d'homme, poursuit Eros Catalano. Je suis arrivé en 2008. Nous avons réduit les coûts, fait du marketing. Mais la crise a tué toutes les activités de moyenne gamme. Les boutiques de moyenne gamme ont fermé ou achètent au Portugal à la moitié de notre prix. Pour survivre, il faut une griffe. Seule une marque de luxe peut acheter une veste 300 €. » Socoval avait cette griffe, Thierry-Mugler, mais le contrat a été rompu sans préavis et l'entreprise s'est retrouvée sans activité. Un an plus tard, Christian-Dior ne s'est toujours pas engagé et Socoval a perdu 2 millions d'euros de plus. « Il n'y a plus d'autre choix que de fermer l'usine et d'aider le personnel à trouver une autre activité. »
Eros Catalano rejette aussi l'accusation de vouloir faire un bénéfice sur la vente du terrain. « Il faut 500 000 € pour démolir le bâtiment qui a de l'amiante. La valeur du terrain, c'est 2 millions d'euros. Il reste 1,5 million d'euros, soit presque le coût du licenciement. »
Un licenciement que les salariées de Socoval veulent négocier. Hier, elles poursuivaient l'occupation de leur usine.