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Informations syndicales CGT destinées à tous les travailleurs de la région de Cherbourg.

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Et le coût du capital ?

Le président de Coe-Rexecode et le responsable du pôle économique de la CGT échangent leurs points de vue sur la question des coûts respectifs du travail et du capital.

Propos recueillis par Laurent Mossino, rédacteur en chef d’Ensemble, le journal de la CGT à ses syndiqués.

 

Le travail est-il plutôt un coût ou une richesse ?

Michel Didier : Le travail, c’est avant tout une insertion sociale majeure de l’individu. Pour l’économiste, c’est un facteur de production, et même le premier. Mais il y en a un autre  : le capital productif. C’est la réunion de ces deux facteurs qui détermine le niveau de la production, donc le pouvoir d’achat. Le travail et le capital ont un coût. La somme des coûts détermine le prix de revient et le prix de vente. Pour répondre à la question, le travail n’est donc pas un coût, mais il a un coût.

Nasser Mansouri-Guilani : C’est vrai, le travail est un facteur d’insertion sociale. Il faut aussi se poser la question de la finalité du travail : pourquoi travaillons-nous ? Pour répondre aux besoins de la société ? Ou pour autre chose ? Quand on met les gens au travail, on les paie. Mais en même temps, ils produisent pour répondre à des besoins de la société. C’est donc aussi un apport, une richesse.

On entend souvent dire que la rémunération du travail en France est trop élevée et handicape la compétitivité de nos entreprises. Qu’en pensez-vous ?

M.D : Nous avons en effet un problème de compétitivité. Nos entreprises ont perdu des parts de marché à l’exportation de 2000 à 2010. Quand on interroge les acheteurs étrangers, ils nous disent que nos produits sont bons mais qu’ils sont devenus trop chers. Une règle assez classique est que les coûts salariaux doivent augmenter à la même vitesse que les gains de productivité. Or, en France, depuis le début des années 2000, les salaires ont augmenté plus vite que les gains de productivité, il y a donc eu un déséquilibre. Autre particularité française, l’écart entre le coût total du travail, charges sociales comprises, et le sa laire net reçu est le plus élevé de tous.

N.M.-G. : Les « coûts salariaux » en France sont dans la moyenne de ceux des pays qui ont un niveau de développement comparable. Et sur le long terme, les salaires augmentent moins vite que la productivité du travail. Si nous perdons des parts de marché, c’est moins à cause des coûts salariaux que de la compétitivité hors coût (qualité des produits, innovations technologiques, positionnement en gamme, etc.) : ce n’est pas seulement la CGT qui le dit, mais aussi un avis du CESE et le rapport Gallois par exemple. La particularité dont vous parlez, c’est notre modèle social : en France, les cotisations sociales font partie du salaire, elles financent la santé, les retraites, etc. Ailleurs, comme en Allemagne, c’est la fiscalité qui finance la protection sociale. On y paie donc moins de cotisations sociales, mais plus d’impôts. Quant à la productivité, ce n’est pas celle du travail qui pose problème mais celle du capital : on doit mobiliser toujours plus de richesses pour rémunérer le capital.

Justement, ce discours dominant sur le coût du travail n’occulte-t-il pas la question du coût du capital ?

M.D. : Le coût du capital n’a jamais été aussi bas. On emprunte sur le marché à moins de 2% aujourd’hui, et, du point de vue de l’investisseur, le rendement du capital est très faible, surtout si on l’apprécie après impôts. Car la fiscalité sur le capital en France est l’une des plus fortes du monde. Dans le compte des entreprises, la part du capital, c’est l’excédent brut d’exploitation (EBE). Or l’EBE des entreprises se dégrade depuis les années 2000, ce n’est donc pas de ce côté qu’il faut chercher les raisons de la perte de notre compétitivité. Non, le problème, c’est que nos coûts de production sont devenus plus chers (en dérive, pas dans l’absolu). Les entreprises, pour tenter de préserver leurs parts de marché, ont dû baisser leurs prix et réduire leur taux de marge, ce qui limite les capacités de recherche et d’investissement (et donc la compétitivité hors coût). Il faut s’en préoccuper, car une vraie reprise économique ne pourrait venir que d’une nouvelle vague d’investissement puisque la consommation est exsangue.

N.M.-G. :Lorsque j’évoque le coût du capital, je parle de la ponction financière sur la valeur ajoutée. Une part de plus en plus grande de la valeur ajoutée, c’est-à-dire des richesses créées par les salariés, est mobilisée pour rémunérer les détenteurs de capitaux, sous la forme de la charge des intérêts d’emprunt des entreprises, et de plus en plus souvent sous la forme de revenus distribués, et notamment les dividendes versés aux actionnaires. Depuis trente ans la part des salaires dans la valeur ajoutée reste à peu près stable. Par contre, celle des revenus distribués, notamment les dividendes dans la valeur ajoutée, est en hausse constante. C’est bien cette courbe ascendante du capital qui pose problème : la priorité est donnée à la rémunération du capital aux dépens de l’emploi et de l’investissement productif.

Les enquêtes de l’Insee montrent que les salaires, au mieux, stagnent depuis plusieurs années et que la consommation des ménages reste atone. N’est-ce pas un handicap pour l’économie ?

M.D. :La première variable, c’est la croissance. Il ne faut pas imaginer que c’est la consommation qui va tirer la croissance. Certains prétendent le faire par le déficit public  : cela ne marche pas ! Non, moi je pense qu’il faut restaurer notre compétitivité pour regagner des parts de marché. Et mettre le paquet sur l’investissement des entreprises pour augmenter nos capacités de production. Et ainsi créer de l’emploi, selon un cercle vertueux.

N.M.-G. : La consommation des ménages compte pour plus de la moitié de la demande adressée aux entreprises, et elle dépend surtout du revenu salarial. Les statistiques montrent que la croissance suit l’évolution de la consommation. La hausse des salaires est aussi nécessaire pour réduire les inégalités sociales. Mais il faut en même temps renforcer le potentiel productif. Cela nécessite des politiques cohérentes (industrielle, énergétique, fiscale, monétaire...) et aussi des droits pour que les salariés puissent intervenir sur les choix stratégiques de l’entreprise, par exemple en matière d’investissement, d’emploi, de formation et de distribution des dividendes. Au lieu de mettre en opposition l’offre et la demande, il faut agir sur les deux leviers.

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